mercredi 12 août 2009

Quitter le monde

Dans son précédent roman (La femme du Vème), Douglas Kennedy s'était risqué à toucher au fantastique et le résultat avait été plutôt moyen. En outre, le roman était sans doute trop tourné vers un lectorat français, qui laissait à lointaine distance la plume alerte de Kennedy pour nous parler de l'Amérique (ou de l'Australie, dans l'hilarant Cul-de-Sac, ré-édité récemment pour faire du pognon sous le titre Piège nuptial). Autant dire donc que c'est avec une petite appréhension que j'ai ouvert ce dernier roman.

Et je dois avouer une très bonne surprise. C'est pour moi le roman le plus abouti de Douglas Kennedy.

Mais un mot sur l'histoire d'abord :

Quitter le monde, c’est l’histoire de Jane Howard qui, le soir de ses 13 ans, annonce à ses parents déchirés qu’elle ne se mariera jamais et n’aura pas d’enfant.
Après de brillantes études à Harvard, durant lesquelles elle va être la maîtresse secrète de son directeur de thèse, Jane est un brillant professeur de littérature à Boston. Elle a rencontré l’amour et est mère d’une petite Emily. Trop beau pour durer. Le destin la frappe dans ce qu’il a de plus cruel pour une mère. Jane décide alors de se retirer du monde, mais ce monde va lui résister de façon provocante.

Douglas Kennedy revient donc à ce qui fait son intérêt : le roman d'une vie qui bascule, avec peut-être une accumulation de coups du sort un peu trop forte, mais comme le disent les gens de mer : "D'abord les emmerdements s'additionnent, ensuite ils se multiplient".

Ce livre est à la fois un road movie à travers l'Amérique du Nord, à travers la littérature américaine (pas mal de références pourront sembler obscures au lecteur français), mais aussi un tableau social de l'Amérique de ceux qui réussissent en partant de rien. On notera un certain hommage au système universitaire américain (récurrence du bureau de placement de Harvard). En revanche, les professeurs d'université en prennent pour leur grade (notamment sur la place des sponsors et de la gestion "business" des universités).

Je me suis toutefois posé la question de savoir si le nom que Douglas Kennedy a choisi pour le directeur de thése de la narratrice n'était pas un clin d'oeil. Il s'appelle David Henry, ce qui m'a fait penser, d'une part à David Lodge (qui a été prof. de fac) et à Henry James (dont Lodge est un spécialiste reconnu)...

Au final donc un excellent roman, très noir, à l'écriture alerte et fluide, plutôt bien traduit, avec la bonne dose de suspense qu'il faut pour ne pas le lâcher.

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