La carte et le territoire

Quand elle m'a tendu le paquet dans lequel était soigneusement emballé mon cadeau d'anniversaire (oui, ça remonte, j'ai du retard dans mes lectures), Hélène m'a dit : "J'ai pris un risque". Elle en avait déjà pris un avec Zone, l'année auparavant, mais ça en valait la peine.
Donc, en ouvrant mon paquet annuel (c'est une sorte de rituel entre nous, parce que bon on a un peu passé l'âge de faire des goûters d'anniversaire), j'ai eu la surprise de trouver le dernier roman du plus célèbre des écrivains neurasthéniques français vivants.
Comme je n'avais jamais rien lu de Houellebecq, plus par esprit de contradiction que par réelle volonté, j'ai rapidement commencé la lecture des 400 pages récompensées par le Goncourt 2010.
On peut légitimement être assez méfiant avec les prix littéraires de professionnels, puisque c'est souvent du copinage, de l'entre-soi, et du renvoi d'ascenseur, mais il ne faut pas oublier que certains romans primés par le Goncourt sont particulièrement réussis. Dans les "récents" (les quinze / vingt dernières années) on pourrait citer Rouge Brésil ou encore La Bataille, de Patrick Rambaud qui est un vrai beau roman historique, doublé d'un réel talent de pastiche.
Donc je décidai, en ouvrant La carte et le territoire, de le lire sans a priori, du moins autant que cela m'était possible.
Le livre n'est pas une déception. Il est plutôt bien conçu dans sa forme, et le thème de l'artiste face à son oeuvre est, sinon original, plutôt bien amené. Le style est globalement simple, parfois un peu trop, le vocabulaire est courant (loin des pitreries pédantes d'Eric Laurrent par exemple), voire un peu trop là aussi.
Bon, il y a juste la dose minimale de provocation à la Houellebecq : les escorts, la dope, l'alcool, un auto-portrait tout en auto-dérision trash, les peoples...
A propos des peoples, justement, c'est là que le roman peut s'avérer gonflant : trop de name-dropping... il est d'ailleurs amusant de voir que Houellebecq a affublé un des personnages (secondaire le personnage, il s'agit du patron d'un café du quartier du héros) du nom de Claude Vorilhon... qui est le nom de naissance de Raël, le gourou de la secte qui attend les ovnis en partouzant à qui mieux mieux.
Inutile de revenir sur l'intrigue, les médias en ont assez parlé.
Un risque alors ? Et bien pas vraiment, car avec ce roman, Houellebecq n'en prend pas beaucoup.
A moins qu'il ait pris le risque de ne pas en prendre, mais là ça devient trop complexe pour moi...


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