Le Tonneau
Phobiques des horaires de train et des histoires complexes ou amateurs de caractères noirs et de style original, abstenez-vous, ce livre n'est pas fait pour vous. On a pu dire que Freeman Wills Crofts écrivait comme un comptable, et sa parfaite régularité, sa méticulosité impressionnante, et le goût prononcé pour résumer l'histoire toutes les trente pages vont sans doute dans ce sens-là. Chez Crofts, tous les témoins ne demandent qu'une chose : aider la justice et la police à faire leur travail. Il règne au fil de ces pages comme une ambiance post-victorienne, surannée, officielle, sans pour autant être pompeuse. Crofts décrit un crime en prenant son temps (il faut plus de 100 pages pour arriver au cadavre...), en n'oubliant aucun détail, comme s'il amenait le lecteur à conduire l'enquête lui-même.
Car c'est là que réside l'intérêt de l'ouvrage. Comme aucun détail n'est omis ou caché au lecteur, il peut se faire son idée à mesure que l'enquête progresse. Rien de clinquant, tout est au service de l'enquête. Les inspecteurs sont des travailleurs, des gens sérieux (même s'ils s'autorisent une chope de bière, un bon repas ou un spectacle, mais tout cela n'est qu'évoqué, on n'est pas chez Maigret). Chaque témoignage, chaque alibi, chaque fait est soigeusement vérifié, contre-vérifié, validé.
Ajoutons le charme désuet des voyages en train et ferry entre Londre et Paris, et du temps béni ou un courrier posté à Londre un lundi arrivait à Paris le mardi, et nous avons entre les mains un roman fascinant de construction et difficile à lâcher. Un classique du genre du romand à énigme, que Chandler considérait comme le chef d'oeuvre du genre, si l'on en croit la préface jubilatoire de Claude Chabrol.


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