Le livre de Dave

Attention, chef d'oeuvre. Le livre de Dave, de Will Self, est un roman complètement dingue, totalement délirant, terriblement travaillé, mais surtout une formidable performance, tant pour l'auteur que, et surtout, pour le traducteur.
Car la moitié du livre est écrite dans une langue nouvelle, un anglais abâtardi par cinq cents ans de langage SMS, d'argot et de néologisme. Alors, bravo au traducteur, qui rend parfaitement l'intention de l'auteur.
Cette langue nouvelle et décadente, c'est celle des descendants des survivants du grand déluge qui a englouti le monde, cinq cents ans plus tôt. Et ces survivants ont trouvé, enfoui dans la terre, un livre, le Livre, qui devient leur bible, leurs lois, la seule ligne de conduite à tenir.
Le problème est que ce livre a été écrit par Dave, chauffeur de taxi londonien de nos jours, en lutte contre tout le monde et contre lui-même, qui connaît de sérieux problèmes psychiatriques, et qui vomit dans ce livre toute la haine qu'il éprouve, notamment contre son ex-femme qui lui a enlevé son fils unique.
Cinq cents ans plus tard, les survivants appliquent à la lettre les délires de Dave : séparation stricte des hommes et des femmes, enfants élevés à tour de rôle (c'est la gardalternée), les opaires (jeunes femmes qui s'occupent des enfants en bas âge), importance de la Connaissance (itinéraires que les chauffeurs de taxi londoniens doivent connaître par coeur, qui deviennent une stricte délimitation du territoire).
L'histoire est alternée : d'un côté la vie contemporaine de Dave, sa descente aux enfers (avec des allers-retours dans la chronologie, mais sans que ce soit déstabilisant), et de l'autre, l'aventure, cinq cents ans plus tard, du jeune Carl Symun qui fuit le Ham (lieu de vie des survivants), et remet en cause la Loi, à la recherche d'un autre livre, plus tolérant.
A noter la présence en fin d'ouvrage d'un lexique qui aide bien, surtout au début. Quelques exemples de mots :
Evian = eau
MadeinChina = création
Chauffeur = prêtre
Piaule à connard = palais
Un livre pas facile mais jubilatoire. Un grand délire vraiment novateur, qui sait garder le lecteur hors de l'eau(les récits contemporains permettent de faire une pause, de revenir au réel), bien loin de l'auto-fiction neurasthénique ou autres écrits sur l'écrit qui ne s'écrit pas parce que bon.


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