Le cimetière de Prague
Simon Simonini n'aime personne. Ni les femmes, ni les jésuites, ni les étrangers, ni les Juifs. Il n'aime que la bonne cuisine, italienne ou française, et les complots, les machinations, et déverser sa haine, sur les francs-maçons et les juifs. En cela il est vraiment un homme du XIXème siècle.
Dans son sixième roman, Umberto Eco, fait appel, plus que de coutume peut-être, à l'intelligence de son lecteur. C'est un pari risqué quand on voit la polémique qui a suivi la parution du livre en Italie, que certains, en France, ont voulu propager, mais sans doute ces polémistes professionnels n'avaient ils pas pris le temps de lire ces quelques 500 pages denses, pleines de flashbacks et de digressions. C'est un pari réussi, car ces 500 pages sont jubilatoires de coups de théâtre, d'intrigue(s) et de précision. Umberto Eco prend un plaisir évident à raconter, en forme de journaux intimes croisés, ce XIXème siècle entre exaltés, révolutionnaires, conservateurs et cyniques.
Il nous montre, avec génie, la naissance de la haine, la construction des faux mythes, la perversion de la manipulation. Certes, jonglant en permanence entre le premier et le second degré, Eco pourrait semble ambigu. Mais, détaillant une genèse de ce fameux faux historique que sont les Protocoles des Sages de Sion, Eco démonte, point à point le mécanisme de la haine, par l'outrance, l'énormité, le grotesque.
Superbe roman, à lire avec attention, qui adopte la forme et la langue de la Bête pour mieux la terrasser.
A mettre entre toutes les mains, mais neurones connectés.



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