Zone

Grosse hésitation avant de commencer ce pavé. Il a une réputation qui le précède... 500 pages sans point. Ou presque (une petit incise a une forme traditionnelle).
La question est donc, d'abord, de savoir si c'est simplement un texte rédigé le plus normalement du monde au traitement de texte, auquel l'auteur aurait enlevé les points a posteriori (car clairement, parfois, on se demande bien pourquoi il fait l'économie du point), ou alors un moyen littéraire destiné à autre chose qu'à faire parler du bouquin.
Personnellement je suis partagé. Le livre est un monument de références, d'érudition même.
Quelques mots sur l'histoire, car, fort heureusement il y en a une, ce qui éloigne définitivement ce livre de La Modification de Butor, à laquelle certains ont cru pouvoir le raccrocher au prétexte que le narrateur prend le train pour aller de Paris à Rome via Milan (alors, Agatha Christie, avec son Crime de l'Orient-Express, faisait, elle, du Nouveau Roman sans le savoir, nananère) :
Francis Servain Mirković, le narrateur de Zone, doit rejoindre la capitale italienne afin de remettre à un représentant du Vatican une mallette contenant de précieuses archives amassées au cours de quinze ans de carrière comme agent de renseignements, pour "un étrange service Boulevard Mortier", que l'on devine être la DGSE. Après cet échange, Francis doit recommencer une nouvelle vie sous l'identité d'Yvan Deroy, "schizophrène délirant ou catatonique placé en institution spécialisée". Seulement, le temps du trajet, ponctué par les gares qui défilent (Milan, Lodi, Parme, Modène...) devient celui du souvenir et du questionnement, douloureux, puisque "tout est plus difficile à l'âge d'homme".
Alors, quoi ? Un très bon roman, cela ne fait guère de doutes. Il faut être courageux pour le lire (notamment si on tient compte du fait qu'il est très difficile de s'arrêter quand il n'y a pas de point). Mais aurait-il été moins bon si la ponctuation avait été plus classique ? Pour moi, non, bien au contraire, on aurait eu alors dans les mains un chef d'oeuvre.


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