Fontenoy ne reviendra plus
Entre récit et biographie, ce superbe livre de Gérard Guégan, récompensé par le Renaudot Essai 2011, évoque Jean Fontenoy, écrivain presque oublié, qui pourrait faire penser à un Tintin alcoolique et opiomane.
Né pauvre dans une famille de Seine et Marne en 1898, jean Fontenoy va passer du communisme trotskiste au nazisme après un détour par le bolchévisme anarchique.
Fondateur de l'agence Havas dans la Chine de Tchang KaÏ-chek, on le retrouve peu de temps après à Moscou, où il se fait anti-stalinien, anti-soviétique, et d'où il est chassé rapidement. Exemple type de ces intellectuels d'extrême-gauche qui passeront avec armes et bagages au fascisme et au nazisme le plus fanatique, Fontenoy est la figure même du salaud. Un salaud dont on se prend toutefois à aimer la vie exaltée, en révolution perpétuelle. Engagé dans la LVF mais fasciné par la puissance économique et culturelle des Etats Unis, Jean Fontenoy est au final un homme pétri de contradictions les plus extrêmes, comme une incarnation de cette France de Vichy où les cartes sont battues et rebattues sans cesse (les communistes attentistes avant d'entrer en résistance, les monarchistes d'extrême droite ralliés de la première heure à De Gaulle). Suicidaire, il se tue probablement en avril 1945, à cent mètres des chars soviétiques qui investissent Sigmaringen, dernier refuge allemand des collabos français.
Formidablement documenté et précis, le récit de Gérard Guégan est le portrait d'un fou génial miné par son désespoir, servi par un style impeccable, et une claire mise au point sur cette France intellectuelle des années 1925 / 1945.



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