mardi 20 octobre 2009

District 9

Pour une fois, c'est d'un film dont je vais parler. Un film de science-fiction. Ou plutôt un film où la science-fiction sert de prétexte à quelques idées sur l'Afrique du Sud post-Apartheid.

L'histoire en bref :Il y a vingt-huit ans, des extraterrestres entrèrent en contact avec la Terre...Ces visiteurs d'au-delà des étoiles étaient des réfugiés et furent installés dans le District 9, en Afrique du Sud, pendant que les nations du monde se querellaient pour savoir quoi en faire...Depuis, la gestion de la situation a été transférée au MNU (Multi-National United), une société privée qui n'a pas grand-chose à faire du sort de ces créatures, mais qui fera d'énormes bénéfices si elle arrive à faire fonctionner leur extraordinaire armement. Jusqu'à présent, toutes les tentatives ont échoué : pour que les armes marchent, il faut de l'ADN extraterrestre. La tension entre extraterrestres et humains atteint son maximum lorsque le MNU commence à évacuer les non-humains du District 9 vers un nouveau camp, en envoyant des agents de terrain s'occuper de leur transfert. L'un de ces agents, Wikus van der Merwe, contracte un virus extraterrestre qui se met à modifier son ADN. Wikus est à présent l'homme le plus recherché de la planète, celui qui vaut plus qu'une fortune : il est la clé qui permettra de percer le secret de la technologie alien.Repoussé, isolé, sans aide ni amis, il ne lui reste qu'un seul endroit où se cacher : le District 9...

C'est un premier film et c'est une bonne surprise. Un vrai bon film à la fois de divertissement (des ET, des vaisseaux spatiaux, des lasers, bref, le minimum syndical et même plus) et plus profond qu'il n'y paraît. Un film où l'on voit d'une part le racisme envers les ET, mais aussi, et surtout, la persistance de la séparation blancs / noirs dans la société sud-africaine, et où "l'affrontement final" a surtout lieu entre humains... Le film ne se finit pas vraiment, et laisse la porte ouverte à une suite (car si le vaisseau s'en va, les ET sont toujours sur Terre).

Louis XI

Un pavé de plus de 1000 pages. Mais d'une qualité rarement atteinte ailleurs que chez Jean Favier. Le grand médiéviste qu'il est propose un portrait solide et précis de ce roi à cheval entre le Moyen-Age et la Renaissance.

Le règne de Louis XI est éclipsé par celui de François Ier, qui ne sera roi qu'une trentaine d'années après sa mort. Une historiographie moderniste l'a trop souvent dépeint en roi cynique et sombre. Ce qu'il était probablement (Jean Favier relate de nombreux traits d'ironie de celui qui n'était alors que Dauphin). Pourtant, c'est sous Louis XI qu'est finalisée l'unité du royaume avec le rattachement plein de la Bourgogne à la couronne de France.

Jean Favier ne fait pas une apologie, mais il réhabilite assurément un roi méconnu pourtant à la charnière des temps entre féodalité et absolutisme, entre agrégats de potentats locaux et véritable état structuré.

La force de cet immense ouvrage est de ne pas laisser la place à des interprétations qui ne s'appuient sur rien. Jean Favier décrypte le personnage en ne s'attachant qu'aux événements avérés. Servi par un plan à la fois chronologique et thématique, cet ouvrage est un "condensé" des connaissances actuelles sur Louis XI, un cheminement sur l'intelligence politique. Une biographie indispensable pour les amateurs d'histoire des temps en mutation.

Après la démocratie

J'ai du retard dans mes lectures, mais je vais essayer de rattraper un peu.

Historien, économiste, démographe, sociologue, Emmanuel Todd est aussi un enthousiasmant pamphlétaire. Autant prévenir les foules : la lecture de ce livre peut rendre intelligent. Emmanuel Todd revient sur la crise de nos sociétés, et sur l'élection de Nicolas Sarkozy. Ecrit avant la crise économique consécutive aux "subprimes", on sera étonné d'une telle exactitude dans la vision de l'auteur.

Todd a pour thèse que la crise de nos sociétés est essentiellement religieuse, et fait le parallèle entre la quasi-disparition du Parti communiste en France, et la considérable perte d'audience de l'Eglise catholique. Mais il insiste aussi sur la stagnation culturelle et éducative actuelle (solide documentation de démographie sur l'instruction et l'éducation qui marque le net arrêt de la croissance éducative des sociétés occidentales), ainsi que sur l'apparition d'une oligarchie politico-économique, et l'impact d'une mondialisation incontrôlée du libre-échange.

Todd en tire notamment deux idées :
- la démocratie serait en train de se transformer en oligarchie fasciste économique (les dirigeants économiques cherchant à s'accaparer le pouvoir politique, directement ou non)
- il est nécessaire d'instaurer un protectionnisme européen pour lutter contre la compression des salaires qui creuse un fossé entre une oligarchie politico-économique déconnectée du reste de la société, et une immense classe populaire susceptible de se révolter, d'autant plus facilement que la classe moyenne serait en voie de disparition.

Le livre est destiné au grand public. L'auteur a donc probablement fait l'impasse sur certaines données un peu indigestes. C'est presque dommage, on a parfois l'impression que c'est un peu trop court.

En définitive, un livre à lire d'urgence, en espérant que l'auteur se trompe sur certains de ses scénarios.

(A noter que Todd avait déjà prévu l'éclatement de l'URSS à l'époque où d'autres - à droite, cf H. Carrère d'Encausse - croyaient à un empire soviétique immortel).