samedi 18 août 2012

La fin du rêve

En 2023, l'humanité est au bord de l'extinction. Quelques communautés, organisées en directions et en districts, survivent et essayent de s'unir pour sauver ce qui peut l'être encore. Will Gulliver, directeur adjoint de la Fondation pour la Préservation de l'Humanité, entreprend de regrouper des articles de presse et des études scientifiques à destination de son chef et ami, Miles Smythe, en assemblée à Paris. 

Plus qu'un roman de science-fiction, ce livre, déjà ancien (1972) de Philippe Wilye, est une oeuvre d'anticipation archéologique. Un document qui relate comment l'humanité a été elle même la cause de sa propre perte. 

Bien que datant de quarante ans, les thèmes évoqués sont étonnamment actuels, même si l'exagération est de mise. Rivières explosives, centres-villes irrespirables, vers carnivores dévastateurs, algues à la prolifération exponentielle, les calamités s'accumulent jusqu'à ce que l'on comprend être le grand cataclysme.

Dommage donc, que ce livre soit écrit (traduit ?) avec les pieds, car le tout est lourd et pour tout dire indigeste alors qu'en à peine 200 pages sont développées de nombreuses idées terriblement possibles.

Ce roman vient d'être réédité chez Omnibus dans un recueil intitulé "Catastrophes".

dimanche 12 août 2012

Le livre sans nom

Annoncé à grand renfort de messages publicitaires comme un phénomène dans l'édition du polar, Le livre sans nom, d'un auteur anonyme, passe pour être la version papier d'un film de Quentin Tarentino.

A Santa Mondega, ville du sud de ce qui semble être les Etats-Unis, oubliée du monde, des meurtres aussi horribles que nombreux conduisent le gouvernement fédéral à envoyer sur place l'inspecteur Jensen, spécialiste des affaires paranormales. La ville vit dans la peur du retour du Bourbon Kid, un tueur aussi sauvage que rapide, que personne n'a jamais pu atteindre ou arrêter. 

Bon...

Eh bien c'est en effet du Tarentino : une grosse bouse avec quelques moments bien trouvés, notamment le premier chapitre qui est redoutable d'efficacité pour inciter l'acheteur à passer à la caisse. Le reste n'est qu'accumulation de meurtres autour d'une intrigue minimale. On comprend mieux l'anonymat de l'auteur : comment faire un coup marketing sans mettre son nom sur ce cataplasme. 

A fuir donc.

Cet instant-là

Livraison de l'année 2011 de Douglas Kennedy, Cet instant-là est l'histoire de Thomas Nesbitt, auteur de récits de voyage, qui reçoit, en même temps que les documents pour acter son divorce, un paquet en provenance de Berlin. Ce colis a été envoyé par Petra Dussmann, une femme qu'il a aimée, vingt cinq années plus tôt, dans un Berlin encore séparé en deux par le mur.

Ce roman a, pour moi, un triple visage. Les  deux cents premières pages sont plutôt réussies et installent une belle atmosphère de roman d'espionnage où le héros serait manipulé. Puis, pour être franc, les cent pages suivantes sont une véritable catastrophe : accumulation de clichés romantiques, histoire d'amour mièvre, intrigue qui n'avance pas. On se prend même à penser que cette accumulation de mièvreries est voulue, mais non, ce sont juste cent pages de mélo assez pitoyables. Les deux cents dernières pages sont plus moyennes, et redonnent le minimum d'intérêt au livre pour arriver à le finir.

Un cru raté donc, ce qui est dommage car l'idée de revenir sur le Berlin des années précédant la chute du mur aurait pu donner un bon roman. Trop de clichés, de personnages attendus (le peintre drogué, le cafetier turc, l'agent de la CIA...), une fin bâclée, bref un roman à sauter pour les fans de Douglas Kennedy.

Les derniers barbares

Deuxième roman d'Aris Fakinos, après J'ai crié (publié en Grèce en 1964), Les derniers barbares est le premier roman de Fakinos publié en France, en 1969. Ecrit en grec, il ne sera publié en Grèce que dix ans plus tard.

En 1944, alors que les Allemands ont été chassés de Grèce, la guerre civile fait rage, entre l'armée régulière, soutenue par les Anglais, et les maquisards, plus proches des communistes.

Une petite patrouille de sept hommes de la division 603 de l'armée régulière entre dans le petit village de Doliani, en Macédoine. Le village est quasi désert, les hommes sont au maquis ou ont été tués. Dans cette région "rouge", la patrouille se réfugie dans l'église du Pope Notis. Plutôt favorable aux résistants, le pope va les accueillir, les soigner, et les cacher dans un blockhaus. Très vite, les sept soldats sont considérés comme déserteurs par leur hiérarchie militaire. Le destin du village, et de ses habitants, va dès lors être lié à la traque de ces sept déserteurs.

Récit de résistance, publié à l'époque où la Grèce subit la dictature des colonels, ce beau roman d'Aris Fakinos raconte l'âme grecque des régions frontalières, entre Serbie d'un côté et Bulgarie de l'autre, la rude vie des villages de montagne, éloignés de tout, ravagés par les guerres et les dictatures qui se suivent depuis Métaxas.