vendredi 30 mai 2008

Fin de lectures

Deux mois ont passé et le jury du Livre Inter se réunira dimanche qui vient, le 1er juin.

Les délibérations sont secrètes, mais qu'il me soit permis de classer les dix livres sélectionnés en trois paquets :

1 - Les livres pour lesquels je n'aurai aucun mal à voter, parce qu'il sont bons et que voilà :
- Les Années, d'Annie Ernaux
- Mon traître, de Sorj Chalandon
- La chaussure sur le toit, de Vincent Delecroix
- Le boulevard périphérique, de Henry Bauchau

2 - Les livres pour lesquels je pourrai réfléchir mais pas trop quand même parce que j'ai bien aimé mais pas tout :
- Beau rôle, de Nicolas Fargues
- On n'est pas là pour disparaître, d'Olivia Rosenthal
- Cendrillon, d'Eric Reinhardt
- Le Canapé Rouge, de Michèle Lesbre

3 - Les livres inutiles, même dans la cheminée, et qui confinent à l'arnaque :
- Renaissance italienne, d'Eric Laurrent
- In Memoriam, de Linda Lè

C'est très subjectif, sauf pour les deux derniers qui sont vraiment pathétiques.

Pour être sincère mon vote hésite entre deux livres parmi les quatre premiers ; je compte donc sur l'échange avec les autres lecteurs lors de la délibération pour me décider.

Les Années

Le dernier ouvrage de la sélection du Livre Inter, Les Années, d'Annie Ernaux (Gallimard - 2008) est tout bonnement un chef d'oeuvre.

Les souvenirs d'une femme du second XXème siècle embrassent en une forme d'autobiographie collective et impersonnelle toutes les vies d'Annie Ernaux et toutes celles des femmes nées durant la Seconde Guerre Mondiale en province dans un milieu modeste. 

L'écriture est volontairement aplatie, minimaliste, mais fabuleusement précise et concise.

A travers des photos prises au cours de la vie, la narratrice évoque son histoire et l'histoire de son monde (qui s'élargit avec le temps et les lieux). Des photos banales comme dans toutes les familles, mais qui sont l'occasion de retracer l'évolution de la société française à travers la mode, l'habitat, les chansons, les films, les livres, les transports, la consommation. 

Là où le pari est vraiment réussi c'est qu'en n'écrivant pas un seul "je" et préférant un "elle", ou "nous", Annie Ernaux embarque le lecteur dans cette histoire. On est étonné de voir que notre mémoire n'est pas loin de la sienne (ce sera encore plus marquant pour les gens de sa génération). Annie Ernaux écrit l'autobiographie de son lecteur, et répond avec la dernière phrase de son oeuvre à la question  "Pourquoi écrit-on ?" :

«Sauver quelque chose du temps où l'on ne sera plus jamais»

jeudi 22 mai 2008

Le boulevard périphérique

Avant-dernière lecture pour le prix du Livre Inter 2008, Le boulevard périphérique, de Henry Bauchau (Actes Sud - 2008).

Le boulevard périphérique, c’est le chemin quotidien du narrateur qui va visiter Paule, sa belle-fille, à l’hôpital où elle se meurt d’un cancer. Terrible épreuve, qu’il emprunte les transports en commun ou se serve de sa voiture. Cette situation entre la vie et la mort ravive chez le narrateur le souvenir du décès de deux autres personnes, quarante années plus tôt.

La mort de Stéphane tout d'abord, ami du narrateur, quasi-amant platonique, qui l'initie à la varappe et qui sera exécuté pour des faits de Résistance par le nazis dans les Ardennes belges. La mort de Shadow ensuite, le chef des nazis qui ont tué Stéphane, personnage presque mythique.

Tout cela pourrait brouiller le récit et au début on a cette sensation confuse. Puis on entre dans le monde de Henry Bauchau, d'une dignité et d'une générosité immenses et tout en retenue. C'est un livre sur la mort, l'amitié, les relations familiales, qui va du quotidien (une batterie à plat) au plus élevé (proximité des vivants avec les morts, peur de la mort... etc ...)

Le boulevard périphérique, pour peu qu'on prenne la peine de trouver la bonne porte (ah ! ah ! ah !) est une oeuvre d'une grande richesse, remarquablement bien écrite, qui donne le sentiment que l'auteur-narrateur s'adresse à chaque lecteur en particulier.

Un roman-essai très réussi, dans lequel Henry Bauchau montre qu'entre révolte et résignation, il subsiste la possibilité de la réconciliation.

lundi 12 mai 2008

Cendrillon

Huitième roman de la sélection du Livre Inter, Cendrillon, d'Eric Reinhardt (Stock - 2007).

C'est un livre monumental. Par son poids, par sa densité (le texte n'est absolument pas aéré). On se dit : ou j'aime ou je déteste. Ben non, c'est au milieu, dans une sorte de magma, le tout est de passer les 150 premières pages.

Quatre histoires s'entremêlent : celle de l'auteur-narrateur, et celle de trois avatars qui auraient pu être lui s'il n'avait pas rencontré son épouse Margot.

Les trois histoires des avatars sont particulièrement réussies. L'auteur aurait du s'en tenir là. Car son autofiction personnelle est d'un ennui mortel. Des pages et des pages de parisianisme branchouille (l'auteur a du s'en rendre compte car il fait semblant de démolir ce même parisianisme à la fin du roman). Donc nous suivons l'auteur dans son café préféré où il passe des journées à faire le beau en attendant la critique du journal ELLE. Nous avons aussi droit au discours de sa femme sur les critiques malveillants et aigris (l'auteur s'est fait démolir lors d'un attentat radiophonique sur France Culture, qu'il transcrit d'ailleurs intégralement). On apprend enfin qu'il est copain avec des stars et des artistes bien parisiens, on est content pour lui, mais on s'en tape. Bref, cette partie du roman est un concentré d'ego, sans pudeur, on se croirait dans Voici.

Cependant, quelques beaux moments dans ce pavé de près de 600 pages : notamment les croustillants portraits de Mathilde Seignier, Michel Drucker, Jean-Pierre Coffe, et Arielle Dombasle, quoique pour cette dernière, on se dit que l'auteur a eu peur de se faire casser la figure par BHL (ou de se prendre un procès), car elle n'est pas citée (les autres sont cités par leur prénom, mais c'est transparent).

Au final, si l'auteur avait retranché ce gros quart de son roman qui a trait à sa petite personne, ce serait sans doute, un très bon roman, avec peut-être un vocabulaire un peu limité, et à ne pas mettre entre toutes les mains. Bref, une occasion ratée que ce livre.