dimanche 6 mars 2011

Tokyo Année Zéro

Auteur d'une immense et géniale tétralogie consacrée au Yorkshire (1974, 1977, 1980, 1983), David Peace change de continent et prend pour cadre de son nouveau cycle policier le Japon de l'immédiat après-guerre.

Et, malheureusement, c'est, pour le premier opus, assez décevant. Non pas dans le thème ou la parfaite description de ce Japon à genoux de 1946, mais par cet exercice de style qui devient très vite lassant entre narration, dialogues, et pensées du narrateur, très, trop répétitives, tellement répétitives qu'on ne peut s'empêcher d'imaginer l'auteur abuser du CTRL+C / CTRL+V (copier-coller) devant son traitement de texte. L'exercice de style dessert totalement l'ouvrage : il serait intéressant de mesurer ce qu'il en resterait sans ces passages hallucinés.

L'évolution du style était déjà perceptible dans la tétralogie consacrée au Yorkshire, mais cela ne nuisait pas au propos.

L'auteur assume parfaitement cette écriture fragmentée, mais je n'ai pas été convaincu par le procédé qui relègue au second plan le récit, alors que le thème était bien choisi car peu évoqué.

Das System

Fondateur d'une petite société informatique, Mark Helius présente à des investisseurs potentiels le nouveau logiciel de sa société, DINA, un puissant moteur de recherches très interactif. Malheureusement, lors de cette présentation, le logiciel ne fonctionne pas comme il devrait. Progressivement, un peu partout sur Terre, des ordinateurs connaissent des dysfonctionnements incohérents qui disparaissent aussitôt. Alors que sa société est au bord de la faillite, Mark va progressivement comprendre que le logiciel Dina est infecté par un virus puissant, si puissant qu'il est capable d'apprendre, de penser, et de se protéger lui-même.

L'idée de départ de thriller informatique de Karl Olsberg est bien trouvée : notre dépendance grandissante aux systèmes informatiques et le risque d'une interconnexion totale entre ces systèmes. L'histoire pourrait être plaisante, mais elle est un peu trop éparpillée, comme si l'auteur avait voulu écrire un roman beaucoup plus long sans y arriver... La traduction est très moyenne (il semble même y avoir de gros contresens), la fin est un peu rapide, et il y a un peu trop de clichés. Bref, un peu dommage car il y avait matière à faire un grand roman d'anticipation. A lire néanmoins pour avoir peur de son pc...

Pour une révolution fiscale

Rédigé par un trio d'économistes (Landais, Piketty, Saez) plutôt marqués à gauche, Pour une révolution fiscale se veut un opuscule simple d'accès. Et le pari est réussi. Du maquis si complexe de la fiscalité française, les auteurs parviennent à montrer les grandes inégalités, et surtout les incohérences par rapport aux objectifs initiaux des mesures fiscales instaurées. Ainsi, ils montrent à quel point l'IRPP, pensé comme progressif, est devenu au final régressif.

Les auteurs proposent une réforme radicale, mais qui a le mérite de la simplicité : élargissement de l'assiette, suppression de toutes les niches fiscales, et retenue à la source, réforme qui conduirait à une baisse globale des impôts pour 97 % des ménages, sans incidence pour le budget de l'Etat.

Le livre doit être complété par le site www.revolution-fiscale.fr, ce qui permet à l'ouvrage de conserver sa simplicité (pour les détails, on peut aisément se reporter au site).

Au final, l'intérêt du livre est de montrer que la fiscalité n'est pas qu'une question économique. C'est aussi et avant tout une question politique : l'impôt, que personne n'aime payer, est constitutif du lien social et du rapport à la Nation, bien plus que le drapeau, la Marseillaise, le foot, Johnny ou autres âneries dans le genre.