dimanche 26 juin 2011

Ajaccio, Station d'hiver (1868-1916)

Un peu d'histoire locale et patrimoniale avec ce livre de Paul Lucchini, publié aux éditions du Journal de la Corse, et qui a pour sujet la période du second XIXème à Ajaccio, quand la ville devient résidence hivernale pour étrangers, lassés de la Riviera.

C'est une période d'important agrandissement pour la ville impériale, avec la création de tout le quartier "des étrangers", depuis la Place du Diamant jusqu'au Casone, en descendant jusqu'à la mer d'un côté, et en s'appuyant sur les collines de Balestrino et du Salario de l'autre côté.

Passons sur les très nombreuses coquilles typographiques assez indignes d'un ouvrage à la jolie présentation. L'iconographie est riche, et, malgré des redites un peu trop fréquentes, le texte est plaisant  et fourmille de détails précieux sur cet Ajaccio d'avant le tourisme de masse.

En creux, on devine une certaine forme d'incurie municipale (nombreuses tergiversations sur les aménagements à effectuer) et d'avidité spéculative (l'essentiel des établissements de qualité est tenu par des étrangers, britanniques, suisses et allemands). Comme quoi rien ne change : l'île dépend toujours du fret maritime, les monopoles commerciaux sont un frein au développement économique, et les combines foncières sont à peu près les mêmes qu'aujourd'hui.

Il reste de belles anecdotes et de vraies découvertes, mais on peut regretter l'absence d'un chapitre consacré à la vie des Ajacciens du peuple lors de cette période, qui prendra fin avec la Première Guerre Mondiale.

Un livre qui intéressera donc essentiellement les Ajacciens qui pourront juger de l'évolution de la ville, l'exemple le plus marquant étant le sinistre quartier des Canne(s) qui entoure le château Bacchiochi, aujourd'hui lycée privé.


samedi 25 juin 2011

Le cimetière de Prague

Simon Simonini n'aime personne. Ni les femmes, ni les jésuites, ni les étrangers, ni les Juifs. Il n'aime que la bonne cuisine, italienne ou française, et les complots, les machinations, et déverser sa haine, sur les francs-maçons et les juifs. En cela il est vraiment un homme du XIXème siècle.

Dans son sixième roman, Umberto Eco, fait appel, plus que de coutume peut-être, à l'intelligence de son lecteur. C'est un pari risqué quand on voit la polémique qui a suivi la parution du livre en Italie, que certains, en France, ont voulu propager, mais sans doute ces polémistes professionnels n'avaient ils pas pris le temps de lire ces quelques 500 pages denses, pleines de flashbacks et de digressions. C'est un pari réussi, car ces 500 pages sont jubilatoires de coups de théâtre, d'intrigue(s) et de précision. Umberto Eco prend un plaisir évident à raconter, en forme de journaux intimes croisés, ce XIXème siècle entre exaltés, révolutionnaires, conservateurs et cyniques. 

Il nous montre, avec génie, la naissance de la haine, la construction des faux mythes, la perversion de la manipulation. Certes, jonglant en permanence entre le premier et le second degré, Eco pourrait semble ambigu. Mais, détaillant une genèse de ce fameux faux historique que sont les Protocoles des Sages de Sion, Eco démonte, point à point le mécanisme de la haine, par l'outrance, l'énormité, le grotesque. 

Superbe roman, à lire avec attention, qui adopte la forme et la langue de la Bête pour mieux la terrasser.

A mettre entre toutes les mains, mais neurones connectés.