dimanche 21 novembre 2010

Le ver dans la pomme


Une lecture hâtive ou sommaire des nouvelles de John Cheever pourrait s'avérer décevante. Il faut persévérer et passer les première pages qui surprennent par cette apparence de vide des histoires et de vacuité des personnages.

En fait, Cheever est un maître du style. Tout est pesé, calibré, asséné avec une ironie perverse qui se révèle de plus en plus réjouissante au fur et à mesure de ces nouvelles qui mettent en scène une "classe moyenne sup" américaine, prisonnière de l'american way of life (même en Italie). Ces personnages ordinaires n'ont qu'une ambition. Le rester.

Cheever met en scène le vide, le rien, avec une férocité terrible, qui se pose l'air de rien au détour d'une virgule, au coin d'un non-dit.

Ces nouvelles, écrites entre 1948 et 1976 pourraient elles appartenir à un monde qui n'est plus ? Hélas non, elles sont très intemporelles : la routine, les jaloux, les prédateurs de fortune, les imposteurs (sublime portrait d'un scénariste de sitcom qui se voit en poète).

Seul petit reproche que l'on pourrait adresser à l'édition de poche de ces nouvelles : l'absence de dates, ou de chronologie, pour mieux situer chaque texte dans son contexte.

Un très grand moment de littérature américaine, dans cette forme hélas trop peu utilisée qu'est la nouvelle.

Les rats de Hambourg


Ouvrage ancien d'Aris Fakinos (1976), Les rats de Hambourg, raconte l'histoire de Mémos, marin et bourlingueur grec, plus ou moins contraint à l'exil, lorsque celui-ci fait escale dans la ville allemande. Mémos se trouve assez rapidement mêlé aux immigrés clandestins d'une part, et au terrorisme international (version 70's) d'autre part.

L'histoire de Mémos sert de fil rouge pour évoquer la clandestinité, le terrorisme, les nazis recyclés dans la police, les journaux "de gauche", si bien que les rats ne sont pas forcément ceux décrits dans une scène intense dans les égouts de la ville.

On aurait pu penser que l'ancienneté du livre d'Aris Fakinos le conduise à être un peu daté, compte tenu du genre assez inhabituel chez l'auteur (policier-thriller politique). C'est oublier que Fakinos était avant tout un auteur dont le style sobre, limpide, au service d'histoires savamment construites. Le rythme du livre est particulièrement soigné, avant l'acte de piraterie final qui surprend par son côté non conventionnel.

Bref, un beau roman, hélas difficile à trouver.