lundi 20 décembre 2010

Grèce


Petit livre déjà ancien (1988), et parfois un peu dépassé sur certains points, Grèce, d'Aris Fakinos (oui, encore Aris Fakinos, mais je n'y peux rien si c'est un grand auteur), est, plus qu'un anti-guide touristique, un guide anti-touristique.
En effet, Fakinos donne de bons conseils, comme dans un guide touristique classique. Mais il le fait à sa sauce, en prenant le temps d'expliquer une coutume, un horaire de car ou de bateau. Une large partie du livre est un tableau impressionnant de clarté et de concision de la Grèce des années 1980, après un panorama simple mais complet de l'histoire du plus oriental des pays occidentaux (à moins que ce ne soit l'inverse...).
Nulle indication d'hébergement, mais quelques trucs pour trouver une bonne adresse, pour comprendre une façon de faire ou de vivre.
Bref, un portrait très personnel d'une Grèce qui disparaît peu à peu, entre tourisme de masse et intégration européenne à marche forcée.
A noter que le livre a été écrit en Français, alors que Fakinos a publié ses romans en grec.
Une légende de photo résume assez bien l'esprit du livre et de la Grèce qu'aime Fakinos : "On n'y mange pas toujours à sa faim, mais on est libre"

Le Tonneau

Phobiques des horaires de train et des histoires complexes ou amateurs de caractères noirs et de style original, abstenez-vous, ce livre n'est pas fait pour vous.
On a pu dire que Freeman Wills Crofts écrivait comme un comptable, et sa parfaite régularité, sa méticulosité impressionnante, et le goût prononcé pour résumer l'histoire toutes les trente pages vont sans doute dans ce sens-là.
Chez Crofts, tous les témoins ne demandent qu'une chose : aider la justice et la police à faire leur travail. Il règne au fil de ces pages comme une ambiance post-victorienne, surannée, officielle, sans pour autant être pompeuse. Crofts décrit un crime en prenant son temps (il faut plus de 100 pages pour arriver au cadavre...), en n'oubliant aucun détail, comme s'il amenait le lecteur à conduire l'enquête lui-même.
Car c'est là que réside l'intérêt de l'ouvrage. Comme aucun détail n'est omis ou caché au lecteur, il peut se faire son idée à mesure que l'enquête progresse. Rien de clinquant, tout est au service de l'enquête. Les inspecteurs sont des travailleurs, des gens sérieux (même s'ils s'autorisent une chope de bière, un bon repas ou un spectacle, mais tout cela n'est qu'évoqué, on n'est pas chez Maigret). Chaque témoignage, chaque alibi, chaque fait est soigeusement vérifié, contre-vérifié, validé.
Ajoutons le charme désuet des voyages en train et ferry entre Londre et Paris, et du temps béni ou un courrier posté à Londre un lundi arrivait à Paris le mardi, et nous avons entre les mains un roman fascinant de construction et difficile à lâcher.
Un classique du genre du romand à énigme, que Chandler considérait comme le chef d'oeuvre du genre, si l'on en croit la préface jubilatoire de Claude Chabrol.


Avant le gel

Adaptées pour la télévision (diffusion sur Arte avec Kenneth Branagh dans le rôle titre), les enquêtes du commissaire suédois Wallander sont bien loin des "experts" américains, des flics-de-tf1-gentils-bourrus-et-tout-et-tout, et du charmes des décors allemands avec des hyperthyroïdiens en guide d'acteurs. Non, avec le héros d'Henning Mankell, c'est une lente plongée dans l'austère Scanie (Suède du sud, proche du Danemark) qui nous est proposée, sans fioritures, sans technologie, juste avec du flair, du ressenti, du non-dit.
Avec Avant le gel, Mankell introduit la fille de Wallander comme personnage central, ce qui lui permet de tramer deux enquêtes, deux histoires qui vont bien évidemment se rejoindre dans un final au tempo plus vif que le reste de l'ouvrage où tout se met en place très lentement.

L'intrigue policière n'est cependant qu'un prétexte, qu'un paravent, pour parler du désespoir, un désespoir signe de vie. Petits regrets pour une fin un peu attendue, cédant un peu facilement au climat "11 septembre", mais dans l'ensemble un bien bon polar nordique.