samedi 27 mars 2010

Et le gagnant est...

Guillaume de Fonclare, avec Dans ma peau, est arrivé en tête du 4ème et dernier tour, avec onze voix, contre dix à Didier Eribon, pour Retour à Reims. La différence s'est peut-être faite sur l'envie de nombreux jurés de voir Guillaume de Fonclare poursuivre son aventure littéraire (ce récit est son premier livre publié), alors que Didier Eribon est un essayiste déjà reconnu et confirmé.

Sans entrer dans le détail du vote, je souligne que ces deux excellents ouvrages se sont assez rapidement détachés du reste de la sélection, même si Orange Stressé, d'Ivan du Roy, a retenu l'attention de nombreux jurés.

Après la délibération, un apéritif sympathique était offert par France Télévisions sur son stand au Salon du Livre de Paris.

jeudi 25 mars 2010

Retour à Reims


Après la mort de son père, le sociologue Didier Eribon retrouve son milieu d'origine et se plonge dans son passé. Son livre, «Retour à Reims» (Fayard) évoque le monde ouvrier de son enfance, restitue son parcours d'ascension sociale, et une réflexion sur les classes, le système scolaire, la fabrication des identités.

Entre autobiographie et essai sociologique, Didier Eribon nous donne un ouvrage particulièrement réussi. D'une écriture simple, un peu tendue, qui n'a pas peur d'utiliser le vocabulaire précis et même "technique" de la sociologie et de la philosophie, le texte navigue avec intelligence entre anecdotes personnelles et courtes digressions de portée plus générale, entre auto-analyse et analyse sociale.

Offrant un témoignage de première main sur la France ouvrière du nord des années 40/70, le livre de Didier Eribon suscite réflexion et émotion, dans une forme qui n'est pas sans rappeler Annie Ernaux, largement citée d'ailleurs.

De loin, le meilleur livre de la sélection.

C'est pourquoi mon vote ira par ordre de préférence à :
1 - Retour à Reims, de Didier Eribon (fayard)
2 - Dans ma peau, de Guillaume de Fonclare (stock)
3 - Orange stressé..., d'Ivan du Roy (la découverte)
4 - Histoire de chambres, de Michelle Perrot (seuil)
5 - Saint Laurent, mauvais garçon, de Marie-Dominique Lelièvre (flammarion)
6 - L'aventure du désert, de Christine Jordis (gallimard)

Histoire de chambres


Historienne, Michelle Perrot a co-dirigé avec Georges Duby les cinq volumes de l'Histoire des femmes en Occident. Le travail qu'elle propose, avec Histoire de Chambres, s'intéresse à un espace intensément privé. A travers plusieurs thèmes, elle essaie de dessiner une évolution de la fonction de la chambre, ainsi que sa diffusion dans la société (la chambre est d'abord aristocratique, puis bourgeoise, et tardivement ouvrière). Chambre du roi, chambre des dames, chambres à coucher, chambre particulière, chambre d'enfant, chambres d'hôtels, chambre du malade, cellule (du moine et du prisonnier), le spectre traité par l'auteur est large. Et parfois un peu trop. Car bien souvent le livre, par ailleurs solidement documenté, reste trop elliptique sur certains faits qui méritaient sans doute plus d'explications : dans le chapitre consacré aux chambres d'hôtel, on peut lire l'influence du Touring club et de l'Automobile club sur l'évolution de celle-ci, mais il n'est pas dit pourquoi ces clubs avaient cette influence. De même on apprend que les papiers peints s'uniformisent au XIXème siècle, mais rien n'est explicité sur les raisons de cette uniformisation.

Au final, sentiment mitigé. Le sujet ne semblait pas particulièrement palpitant, mais l'auteur nous livre quelques bons moments, sans toutefois, hélas, aller assez loin dans l'histoire de l'espace. D'où une sensation de rester sur sa faim, avec à la fois du trop et du pas assez.

Sans être une déception, le livre, qui a obtenu le prix Fémina Essai 2009, ne figurera pas dans mes premiers choix de vote.

Orange stressé, le management par le stress à France Télécom


A première vue, je me suis dit que ce livre allait être aussi passionnant qu'une étude comparative sur le coût des annuaires téléphoniques guatémaltèques, et puis finalement, c'est pas mal.

L'auteur dresse d'abord un historique des mouvements de privatisation de France Télécom, en montrant bien la rapidité de la transition entre culture de service public (au service du public) et compagnie multinationale préoccupée par faire rentrer du cash (au service des actionnaires).

Ensuite, il livre son analyse sur le stress dans cette entreprise, avec les témoignages de salariés, de syndicalistes, de médecins du travail... etc... C'est un travail pointu et dépassionné que porte l'auteur, même si on sent parfois poindre l'envie d'en découdre plus avant avec le libéralisme financier.

Le livre est bien construit, écrit dans un langage clair qui écarte et critique cette novlangue commerciale qui cache des intentions bien peu avouables.

Un bon candidat donc, mais il est vrai que cet essai invite moins au rêve ou au voyage que d'autres ouvrages de la sélection.

Orange stressé, le management par le stress à France Télécom, Yvan du Roy (La Découverte)


L'aventure du désert


Après une première bonne surprise avec Dans ma peau, de Guillaume de Fonclare, voici la première vraie déception de la sélection du prix France Télévisions Essai 2010. Déjà, le fait que L'aventure du désert, de Christine Jordis, soit publié dans la collection L'infini, chez Gallimard, collection dirigée par Philippe Sollers, aurait du me mettre la puce à l'oreille. Mais la quatrième de couverture était alléchante : un essai sur le désert avec une approche comparée des textes de Charles de Foucauld et de T.E. Lawrence (Lawrence d'Arabie).

Hélas, trois fois hélas, le livre démarre mal avec une introduction confuse qui ne parvient aucunement à poser clairement une problématique.

Il continue de manière absurde avec un plan nullissime :
1) Charles de Foucauld
2) T.E. Lawrence
On repassera pour une approche comparée. Au final, si on peut lire dans chacune des parties des passages intéressants, elles ne constituent que deux résumés de la vie de ces deux personnages, et avouons aussi que le désert est bien trop souvent oublié au fil de ces pages qui tournent en rond.

La conclusion ne vaut pas mieux.

Bref, 300 pages d'un ennui assommant, un ouvrage décevant alors qu'il y avait sans doute tant de choses à dire sur le désert vu à travers le prisme des textes de Charles de Foucauld et T.E. Lawrence.

A oublier, et à ranger avec les livres du directeur de collection.

Dans ma peau


Première vraie bonne surprise de la sélection du Prix Essai 2010 France Télévisions, Dans ma peau, de Guillaume de Fonclare (Stock) est un petit livre (120 pages en gros caractères) particulièrement bien écrit.

J'évacue immédiatement l'énorme erreur d'imprimerie et de relecture de la page 23 qui innove en parlant d'un "31 septembre 1918" (il doit s'agir du 31 août 1918), mais quand même, ça ne fait pas sérieux de la part des éditions Stock.

L'auteur, directeur de l'Historial de la Grande Guerre, à Péronne, est malade, atteint d'une maladie orpheline et sans issue. On pourrait le trouver "gonflé" de mettre en parallèle sa souffrance personnelle, indéniable, avec la souffrance des soldats du premier conflit mondial. Sauf que justement, sa maladie, sa progressive diminution physique, lui donne à réfléchir sur la souffrance, le chagrin, la guerre, les vies brisées, le deuil.

Il s'agit d'un livre sur l'enfermement. D'un corps épuisé et des tranchées puantes. Un livre d'une brièveté étouffante, d'une calme cruauté, un livre en forme de lettre d'adieu. Guillaume de Fonclare ne se plaint jamais. Il dit sa douleur, mais sans en attendre un apitoiement larmoyant. Bien au contraire, devoir quitter ses fonctions va lui permettre de se tourner vers l'écriture, du moins l'espère-t-il, d'aller à la pêche, et de se remettre au latin.

Est-ce un essai ? Plutôt un récit, une longue lettre.

A lire absolument.

Saint-Laurent, mauvais garçon


Premier ouvrage de la sélection pour le prix Essai France Télévisions 2010, Saint-Laurent, mauvais garçon, de Marie-Dominique Lelièvre (Flammarion), est plus un portrait qu'une biographie.

Je ne vais pas résumer le livre, c'est la vie du couturier, vue à travers son entourage. Une succession de portraits pour en dresser un, une succession de situations.

Le livre est parfois très mondain, très superficiel et cruel comme le monde de la mode, "petit monde falsifié et calculateur".

Alors que les cinquante premières pages se révèlent intéressantes (genèse du livre, difficultés rencontrées, premiers pas d'YSL...), la suite est plombée par une avalanche de noms plus ou moins célèbres, du "name dropping" un peu inutile qui donne l'impression d'être utilisé juste pour montrer que l'auteur baigne dans ce milieu. Certaines phrases sont même carrément nulles : "l'olfaction consacre la fracture sociale" (l'auteur serait surprise de voir l'état de certains appartements de certaines populations dites favorisées).

C'est un petit peu dommage car c'est plutôt bien écrit, assez vachard, avec une construction qui se prêtait à un livre plus original et intéressant. Au final c'est microcosmique et sans grand intérêt.

samedi 6 mars 2010

Prix essai France Télévisions 2010

Après le prix du Livre Inter 2008, j'ai été sélectionné pour faire partie du jury du prix essai France Télévisions 2010 qui sera décerné le 25 mars prochain, lors de l'inauguration du Salon du Livre de Paris.

Au menu, six essais à lire en trois semaines.

Les trois premiers que j'ai reçus sont :
- Saint Laurent, mauvais garçon, de Marie Dominique Lelièvre (Flammarion)
- Orange stressé, le management par le stress à France Télécom, d'Ivan du Roy (La découverte)
- L'aventure du désert, de Christine Jordis (Gallimard)

Les trois autres, que je devrais recevoir dans les prochains jours sont :
- Histoire de chambres, de Michelle Perrot (Seuil)
- Retour à Reims, de Didier Eribon (Fayard)
- Dans ma peau, de Guillaume de Fonclare (Stock)

Un résumé avec mes impressions sur chaque ouvrage sera publié prochainement. Je vais voir s'il n'est pas possible de programmer la publication pour l'heure de proclamation des résultats.

Edit : j'ai compris comment il faut faire pour planifier des publications. Les articles concernant les ouvrages sélectionnés seront donc publiés le 25/03/2010 à 15 heures.