dimanche 29 avril 2012

Mémoires de Napoléon - La campagne d'Italie

A ne pas confondre avec les "évangiles" rédigés par les compagnons d'exil de Napoléon à Sainte Hélène, qui ont bien souvent éclipsé le témoignage direct de l'Empereur, les mémoires de Napoléon ont été réédités il y a quelques mois aux éditions Tallandier, dans un joli coffret.

L'édition ne propose pas l'intégralité des textes dictés par Napoléon, mais seulement les textes les plus aboutis, les plus complets, les plus travaillés et cohérents, à savoir  ceux relatifs à la campagne d'Italie, à l'expédition d'Egypte, et aux Cent Jours.

Premier volume, donc, la campagne d'Italie.

Bien sûr, Napoléon, qui n'est encore que Bonaparte (dans le texte il s'appelle soit Napoléon, soit "le général en chef"), se donne le beau rôle. Bien sûr, tout est écrit et construit pour montrer l'unité de son parcours. Mais Napoléon ne modifie pas l'histoire, il raconte les faits tels qu'ils se sont produits, en respectant la chronologie des événements.

Parfois technique, sinon rébarbatif, le texte prend le temps d'expliquer les tenants et aboutissants de cette campagne, qui verra, outre les impressionnantes victoires de Napoléon, la fin du morcellement de l'Italie : création des républiques, fin des doges de Venise, prémices d'une unité nationale italienne (le nord face au  royaume de Naples et aux états du Pape). Précis, Napoléon n'oublie rien ni personne, chaque chapitre est l'occasion de saluer la mémoire de militaires plus ou moins connus, de rappeler leur parcours.

A noter, enfin, un chapitre intéressant sur la conjuration Pichegru, qui faillit renverser le Directoire pour rétablir la monarchie

Une belle édition, rehaussée par une introduction de qualité de Thierry Lentz, LE spécialiste de Napoléon, avec une utile chronologie sommaire, et un index des noms de personnes plutôt détaillé.


Les villes de la plaine

Dans une civilisation antique imaginaire, mélange de Babylone, d'Egypte et de Palmyre, le scribe Asral a l'honneur immense de se voir confier la copie des lois de la ville de Sir, cité fière et austère, gouvernée par des juges, dans une forme de collégialité autoritaire, sous le masque d'un état de droit. Les lois ont quatre ou cinq siècles, et, en avançant dans sa copie, Asral prend conscience que la langue a vieilli, et que pour être fidèle à l'esprit des lois d'Anouher, le grand législateur (mythique ou historique ?), il faudrait traduire ou interpréter le texte dans la langue actuelle. C'est ce qu'il commence à faire, en secret, au travers d'une Seconde Copie, aidé par le naïf Ordjéneb, son garde qui arrive des villages des montagnes, au vocabulaire archaïque. Et ce qu'il découvre, progressivement, est si étonnant qu'Asral va devoir fuir, au risque de précipiter la chute de Sir.

Car face à Sir se dresse Hénab, l'autre ville de la plaine, refuge des proscrits, des brigands, ville ostentatoire sous la coupe d'un "surcommandant" sanguinaire. 

A plusieurs siècles de là, des fouilles archéoliques sont entreprises par une équipe allemande, sur le site de Sir. Et ce que les archéologues découvrent est sujet à une nouvelle interprétation...

Diane Meur, traductrice et écrivain belge d'expression française, livre avec Les villes de la plaine, un livre parfait, à la langue belle et accessible. C'est l'histoire d'une cité-état qui se perd dans ses propres lois. C'est aussi la preuve que ce qui reste d'une histoire est ce qui est solidement fixé, pas ce que l'on n'écrit pas tellement c'est évident : de Sir les archéologues n'en retiennent que des contrats gravés sur pierre, et pas les lois copiées sans relache sur du papier, qui a disparu depuis longtemps.

Une vraie bonne surprise que ce roman !