samedi 21 juillet 2012

De l'arbre au labyrinthe

Sous-titré "Etudes historiques sur le signe et l'interprétation", ce recueil d'essais et de communications d'Umberto Eco, est particulièrement intéressant.

D'accès moins aisé que ses chroniques régulièrement regroupées pour publication (comme avec "Comment voyager avec un saumon" ou "A reculons, comme une écrevisse"), le livre s'adresse, sinon à des spécialistes, du moins à un public plus restreint que d'ordinaire. 

Soutenus par une solide bibliographie, les essais sont clairs, construits, ce qui permet, même au non-spécialiste, de suivre le raisonnement de l'auteur.

On relèvera à titre personnel deux essais : Sur l'aboiement du chien..., dont le titre est le point de départ à un essai sur la place de l'animal dans la pensée médiévale, et La falsification au Moyen-Age, qui retrace avec précision la variation du concept de faux au cours des âges.

Si la fréquente présence de citations latines non traduites peut surprendre, ce n'est pas un obstacle à la lecture (mais en effet, ce n'est pas aussi simple que Télé Z).

Ouvrage pointu donc, mais offrant une série d'études travaillées, autant utiles pour des études d'histoire qu'en philosophie.

La chute du British Museum

Troisième roman de David Lodge, La chute du British Museum est, sinon le premier, du moins le plus ancien publié en français (les deux premiers romans de Lodge ne sont, à ce jour, pas publiés en français).

Bien antérieur à la fameuse trilogie universitaire, ce roman est peut-être l'un des plus aboutis du britannique. 

Adam Appleby thésard en littérature, a du mal à finir sa thèse. Il est marié, avec Barbara, et a déjà trois enfants : Clare, Dominic, et Edward (A-B-C-D-E). Catholiques pratiquants ("Adam de la Pomme"...), ils vivent dans la crainte d'avoir un quatrième enfant, puisque refusant la contraception, et les méthodes naturelles de l'Eglise les ayant systématiquement conduits au résultat inverse de celui espéré.

Adam Appleby démarre donc sa journée la peur au ventre : la peur de ne pas réussir à finir sa thèse, la peur de voir sa bourse fondre et d'être incapable de subvenir aux besoins de sa famille, la peur enfin de voir celle-ci s'agrandir encore.

Mais ce côté catholique de l'histoire est très vite dépassé par la peinture d'un petit monde de doctorants ridicules, fainéants, avec notamment le portrait du principal ami d'Adam, Camel, thésard professionnel depuis des lustres et qui n'a toujours pas écrit la moindre ligne de sa thèse, consacrée... aux sanitaires dans les romans victoriens. 

Le journée d'Adam va donc se résumer à une succession d'aventures, toutes plus loufoques les unes que les autres, pendant lesquelles on s'amuse à constater qu'Adam ne fait pour ainsi dire rien, mais subit le cours des événements.

Truffé de références littéraires (on reconnaitra notamment Virginia Woolf, Lawrence, Joyce, Kafka), c'est un roman dense (moins de 250 pages), savamment construit (unité de temps, de lieu, et d'action), servi par une traduction de qualité.

La meilleure entrée en matière sans doute dans l'oeuvre de David Lodge.


Anaconda

Autre recueil de nouvelles de Horacio Quiroga, Anaconda est tout autant réussi que les Contes d'amour, de folie et de mort.
S'ouvrant avec la nouvelle éponyme, qui met en scène une société de serpents face aux hommes, le recueil  offre des nouvelles ayant pour cadre la forêt tropicale, avec ses fièvres, ses animaux inquiétants, sa chaleur étouffante, ses cauchemars.
Le livre est sans doute plus cohérent dans sa forme que les Contes d'amour, de folie et de mort. On y retrouve cet humour presque noir, grinçant, vis-à-vis des hommes qui croient pouvoir dompter la nature sud-américaine (avec quelques détours par l'Afrique ou les Philippines). 
Nouvelles denses, souvent courtes, qui vont à l'essentiel, signalons notamment : Anaconda, Le yaciyatéré, Les fabricants de charbon, Dans la nuit, Les raies (glaçant), La crème au chocolat (humour noir), Diète d"amour, et enfin La poulie folle.