D'acier
Pour nous rappeler que la Toscane ce n'est pas que Florence, Sienne et le Chianti, Silvia Avallone campe son premier roman à Piombino, petite ville portuaire et industrielle, face à l'île d'Elbe. Une ville où, à part la plage en été, aucune activité n'est proposée à la jeunesse populaire. Pas un cinéma, pas d'ouverture sur le monde autre que la télé de Berlusconi. Les jeunes n'y attendent qu'une chose : avoir l'âge de conduire un scooter, de se maquiller, de sortir.
Anna et Francesca sont les stars de leur quartier décrépi. Elles ont treize-ans-bientôt-quatorze, sont belles, et rêvent de partir, à Milan ou ailleurs, en nourrissant l'espoir de devenir des vedettes de la télévision. Elles sont le fil rouge de ce roman lumineux. Autour d'elles gravitent des pères maltraitants, des magouilleurs, des mères absentes, des mères militantes, des frères qui roulent des mécaniques, et des maquereaux. Tout ce petit monde survit grâce à la Lucchini, l'usine d'acier de la ville, en perpétuelle restructuration. L'usine comme seule perspective, alors que l'Elbe est si proche, comme une porte de sortie vers le rêve et une nouvelle vie.
Roman d'apprentissage, le livre de Silvia Avallone aurait pu tomber dans les travers du roman d'adolescent. Il n'en est rien. C'est un livre militant contre l'abêtissement de l'Italie, contre la désindustrialisation de la péninsule, parfois naïf, mais joliment tourné. On se prend même à penser que le livre n'est pas un roman : l'histoire se passe en 2001 / 2002, quand l'auteur a l'âge d'Anna et Francesca, et on notera que l'une des jeunes filles du récit, Lisa, espère devenir écrivain.
Couronné par un prix consacré aux premiers romans en Italie, et finaliste du Goncourt italien (le Strega), D'acier est un rare moment de lecture, qui nous parle de l'amitié, de l'Italie d'aujourd'hui, et de l'enfance qui s'enfuit.



