dimanche 3 avril 2011

L'aïeul

De Théophanis, l'arrière-grand père du narrateur, il reste une photo, prise à l'occasion d'un mariage. Elevé par son père, le capétan Photinos, brigand en lutte contre le pouvoir central grec, Théophanis va, mi-brigand, mi-Moïse, créer une communauté villageoise agricole dans la région d'Athènes.

Dureté de la vie, oppression des gros propriétaires terriens, ruse de l'Etat central, qui passe de la baïonnette au papier, Aris Fakinos nous livre un portrait lyrique intense et sublime d'une Grèce loin des marbres, des statues et des temples. Une Grèce de la rocaille, de l'aridité, de la solidarité entre gens de peu. Une Grèce qui se meurt, gagnée par la télévision, la corruption et l'urbanisation tentaculaire d'Athènes, ville-monstre qui dévore les oliviers, si longtemps défendus par les paysans, qui les avaient plantés pour ne plus avoir à subir l'humiliation de la récolte des pauvres sur les champs des notables.

Encore un livre d'Aris Fakinos ? Oui ! L'un des plus aboutis peut-être, par sa densité, sa sincérité (ce n'est pas un roman), et sa force simple.

C'est une chose étrange, à la fin, que le monde

Cela s'appelle "roman", et, bien évidemment, ce n'en est pas un. Jean d'Ormesson l'avoue au bout de 160 pages, l'Univers entier est un roman. Ce n'est pas non plus un essai, ni un livre de souvenirs, ni un journal intime. C'est une méditation, parfois aux allures de conférence pour lecteurs du Figaro. Une conférence d'un normalien de plus de 85 ans, qui virevolte entre les auteurs et l'histoire. Jean d'Ormesson étale une culture et un savoir immense, mais sans morgue ni orgueil, par petites touches, simplement, presque en faisant oeuvre de vulgarisation.

Mais, au fait, de quoi est il question dans ce livre ? Et bien de tout, du sens de la vie, de l'Univers, du pourquoi y a t'il quelque chose plutôt que rien...

La vie, la mort, l'amour et Dieu, qu'il ne refuse pas, mais dont il ne sait pas s'il existe vraiment. Jean d'Ormesson "doute en Dieu", est sans illusion sur l'avenir, quand le Soleil aura englouti la Terre, mais il n'est ni optimiste, ni pessimiste, il remercie simplement (qui ?) d'avoir vécu.

Un beau livre, surtout dans sa première moitié joliment construite et jubilatoire de savoir tranquille.